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Nouvelles locales

Une défense du bâtiment le plus laid de Paris

L’unique gratte-ciel du centre de Paris a récemment célébré son cinquantième anniversaire, même si « célébrer » n’est peut-être pas une bonne idée. le mot juste. Quand le compte Twitter officiel de la ville souhaité à la Tour Montparnasse (« Tour Montparnasse ») un joyeux anniversaire, les réponses ont été hostiles même selon les standards de cette plateforme, allant de «Quelle horreur » à « La pire chose qui soit arrivée à Paris depuis les Nazis» (« La pire chose qui soit arrivée à Paris depuis les nazis ») à simplement «Non.» Comme je me trouvais en ville, je suis allé visiter le bâtiment le moins aimé de Paris pour la commémoration de son premier demi-siècle. Rien n’était inhabituel pour un dimanche après-midi tranquille : les membres du Falun Gong étaient assis en tailleur pour protester sur la place en béton ; des sans-abri blottis contre les murs et les escaliers du centre commercial du complexe ; Des touristes en T-shirt montaient et descendaient directement du cinquante-sixième étage.

Cet étage est occupé par une plate-forme d’observation panoramique, qui offre la vue la plus étendue de Paris d’en haut et, plus important encore, la seule de ce type qui ne montre pas la Tour Montparnasse elle-même. Cette demi-blague souvent entendue reprend une remarque tout aussi espiègle attribuée au dramaturge Tristan Bernard à propos de la Tour Eiffel, qui, malgré son ressentiment, est devenue un symbole mondialement apprécié de la civilisation française. C’est une carte postale parisienne rare qui n’inclut pas l’ancienne tour, et une carte postale parisienne encore plus rare qui n’exclut pas la plus récente. (Même les sweat-shirts à capuche en vente dans la boutique de cadeaux de la Tour Montparnasse portent l’effigie de la Tour Eiffel.) Nulle part ailleurs un bâtiment aussi visible physiquement n’a eu un impact culturel aussi peu évident ; Si, après cinquante ans, les Parisiens n’ignorent plus la Tour Montparnasse, c’est peut-être parce qu’ils ne la voient plus.

On peut difficilement nier que l’on ressent quelque chose d’anti-parisien, voire d’anti-parisien, qui se dégage de la dalle sombre et kubrickienne surgissant de son environnement du XIXe siècle. Mais à y regarder de plus près, on ne peut pas non plus nier les traces d’élan dans sa conception. Dans « La Tour Montparnasse 1973-2013 », l’histoire et le recueil de réflexions des journalistes françaises Sylvie Andreu et Michèle Leloup publiés à l’occasion du quarantième anniversaire de l’édifice, le regretté architecte Michel Holley, initialement impliqué dans le projet, vante « les fissures qui éclairent sa forme et son caractère ovale, ainsi que l’échancrure latérale. Un autre pair décédé, Claude Parent, ajoute que « ce n’était pas tout à fait le gratte-ciel américain moderne, le parallélépipède de verre, mais quelque chose de différent, une saveur européenne, avec des corniches. Ils témoignent d’une certaine quête de forme dans le vocabulaire du parallélépipède : cette touche d’architecture visible avec ses plis latéraux, qui la redressent et lui donnent sa verticalité. Elle est intelligente, cette tour, et si c’était délibéré. . . tant mieux! »

Beaucoup de ceux cités dans le livre qui expriment leur appréciation pour la Tour Montparnasse appartiennent aux professions architecturales. Cela ne surprendra guère ses détracteurs qui le classent aux côtés de l’hôtel de ville brutaliste de Boston comme des structures que seul un architecte pourrait aimer. L’hôtel de ville de Boston et la Tour Montparnasse étaient autrefois classés respectivement comme le bâtiment le plus laid et le deuxième plus laid du monde, mais, à part se dresser sur le genre de place invariablement décrite comme « balayée par le vent », les deux ont peu de points communs. La réfutation habituelle des passionnés de l’hôtel de ville de Boston est que, même s’ils apprécient intensément son esthétique, ils ne sont pas obligés de passer leurs journées à l’intérieur. Si la Tour Montparnasse manque de la sublimité du béton brut du brutalisme, elle manque également de la propension de ce style au dysfonctionnement pratique. Selon les mots de l’architecte et urbaniste Virginie Picon-Lefebvre, l’une des principales expertes appelées à commenter le cinquantième anniversaire du bâtiment, « c’était vraiment confortable d’y travailler ».

En effet, la Tour Montparnasse a été conçue comme un moyen d’introduire la modernité high-tech dans le Paris d’après-guerre, qui, bien qu’épargné par les bombardements généralisés, était néanmoins tombé au fil du temps dans un état général de délabrement. Cette fonction a assuré au bâtiment un soutien peut-être inattendu : André Malraux, romancier, théoricien de l’art et résistant décoré, qui fut le premier ministre français des Affaires culturelles sous Charles de Gaulle, en 1959. Une figure quelque peu contradictoire, Malraux était à la fois esthète et fonctionnaire (une combinaison difficile à imaginer en dehors de la France), et également un défenseur de la préservation et de la modernisation. De l’impulsion précédente sont nés, entre autres projets, la restauration et le confinement architectural ultérieur du quartier autrefois aristocratique, aujourd’hui branché du Marais ; cette dernière a permis la construction de la Tour Montparnasse, dans le cadre d’un projet d’aménagement du quartier qui a nécessité la suppression non seulement de plusieurs rues mais aussi de 4400 logements qui constituaient «îlots insalubres» (« îlots insalubres »).

Dans « La Tour Montparnasse 1973-2013 », Jean Digne, alors président du défunt Musée du Montparnasse, raconte avoir appris que sept cents ateliers d’artistes avaient également été détruits. Cela a dû souligner définitivement que Montparnasse n’était plus le paradis bohème de l’entre-deux-guerres, alors qu’il était le quartier de prédilection de Picasso, Dalí, Modigliani, Hemingway, Beckett. Même à leur époque, les infrastructures du quartier étaient difficiles à accueillir sa population : la gare Gare Montparnasse, datant de 1852, fut proposée à son remplacement dans les années trente. Plus de vingt ans se sont écoulés avant que ce projet ne démarre sérieusement, date à laquelle il s’est élargi pour inclure un ensemble de bâtiments résidentiels, un centre commercial et la tour. Tout comme la colline de Chaillot a le Trocadéro, la place de l’Étoile l’Arc de Triomphe, Montmartre le Sacré-Cœur et le mont Saint-Geneviève le Panthéon, Malraux aurait proclamé à la fin des années cinquante : « Montparnasse aura son monument ! »

Ce n’est qu’après près d’une décennie de querelles politiques et de difficultés financières (résolues grâce à l’intervention pragmatique et tonique du promoteur immobilier américain Wylie FL Tuttle) que le permis de construire du projet a été obtenu. La Tour Montparnasse a ouvert ses portes le 18 juin 1973, quinze ans après sa première proposition. À cette époque, cela ressemblait moins à une déclaration audacieuse sur l’avenir qu’à une relique légèrement embarrassante du passé. Eugène Beaudouin, Urbain Cassan, Louis de Hoÿm de Marien et Jean Saubot, les architectes qui avaient collaboré à la conception du bâtiment, n’étaient pas au départ de jeunes révolutionnaires. (Beaudouin et Cassan sont nés au XIXe siècle.) Les Trente GlorieusesLa période de trente années de croissance économique rapide de la France après la guerre touchait à sa fin. « La fête était finie et l’architecture était foutue », dit Parent dans « La Tour Montparnasse 1973-2013 ». « L’élan des années 1950, passionnant pour tout le monde, même pour le public, s’estompait. »

Il n’y avait pas non plus d’appétit pour les immeubles de grande hauteur. En 1977, une limite de hauteur de trente-sept mètres est imposée à Paris, exilant les immeubles de grande hauteur vers des quartiers périphériques comme le centre d’affaires de La Défense. (En 2010, à la demande de Bertrand Delanoë, alors maire de Paris, la limite a été relevée à cent quatre-vingts mètres pour les bureaux et à cinquante mètres pour les logements dans des zones spécifiques.) « Le nouveau gratte-ciel du boulevard du Montparnasse est presque un accident », écrivait Saul Bellow, après une visite au début des années 1980, « quelque chose qui s’était éloigné de Chicago et s’était posé au coin d’une rue parisienne ». Aussi banale qu’elle paraisse dans une grande ville américaine, la Tour Montparnasse est rendue ridicule par son isolement à Paris. Quelques hommes politiques ont proposé de le démolir (plus facile à dire qu’à faire, étant donné la répartition à trois cents de la propriété du complexe), mais le problème de sa prétendue laideur pourrait tout aussi bien être résolu en changeant son contexte : en l’entourant d’un groupe d’autres tours, voire ponctuant l’ensemble de la ville – avec goût, Bien sur-avec des gratte-ciel.

De telles solutions supposent que les leçons de la Tour Montparnasse aient été retenues. Les observateurs déplorent tout, depuis sa hauteur jusqu’à l’interruption de la ligne de perspective dans la rue de Rennes (une objection qui peut paraître aux Américains une parodie de l’agitation française) jusqu’à sa couleur gris-brun qui, comme le dit le journaliste et architecte Philippe Trétiack, dans « La Tour Montparnasse 1973-2013 », « a une touche de tache de nicotine ». Plusieurs contributeurs du livre identifient le péché véritablement impardonnable de la tour comme étant le fait qu’elle est construite sur une large base en béton. Trétiack qualifie cet élément de design, caractéristique commune des gratte-ciel des années 60 et 70, de « rupture dans le tissu urbain », le présentant comme l’expression d’une tendance française classique dans l’organisation de l’espace : « C’est notre côté Versailles, notre des aspirations au pouvoir qui obligent chacun à monter des escaliers pour accéder à la « chose », pour pénétrer dans le bâtiment.

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